Un second anniversaire

Suis-je disposé à donner une part de moi afin qu’un inconnu ait une chance de vivre ? Suis-je disposé à subir pour cela une intervention dans mon intégrité physique et ma bonne santé ? Et sur l’aide de qui pourrais-je compter si j’avais moi-même besoin d’une telle chance mais qu’il n’y ait pas de volontaire disposé à donner une part de lui ?


Questions tracassantes
En tant que donneur de sang régulier, j’ai dû répondre à ces questions à chaque nouveau don de sang. C’est pourquoi il m’a été facile, voire plus facile, d’y répondre également par rapport à un éventuel don de cellules souches du sang. C’est ainsi que je me suis fait enregistrer en 2007 comme donneur potentiel de cellules souches du sang.

Je n’aurais jamais pensé être sollicité un jour pour un don. Je croyais bien plus aux six numéros gagnants au loto qu’à une haute compatibilité de mon groupe tissulaire avec celui d’un leucémique.

J’attends encore de tirer les six numéros gagnants au loto. Mais la sollicitation pour le don arriva, à la fin novembre 2011. On m’a fait savoir que j’entrais en ligne de compte comme donneur et qu’on souhaitait  un don de moelle osseuse. Je savais ce que cela signifiait. Ou plutôt c’est au moment de cette requête que j’ai pris conscience de ce que cela pouvait signifier : l’usuel « examen du cœur et des poumons », une opération sous anesthésie générale, une hospitalisation de quelques jours. Bref, le programme complet…

Aïe, à quoi m’étais-je engagé ?

J’ai jeté un regard en arrière : J’avais déjà subi cinq opérations dans trois hôpitaux différents dans ma vie, à commencer par l’ablation des amygdales jusqu’à celle de l’appendice enflammé. Devais-je avoir peur d’une autre opération ? Non, pas vraiment.

La question qui me préoccupait alors était bien plus de savoir si je pouvais encore dire non à ce moment-là. Théoriquement oui, mais qu’en était-il de ma conscience si je disais non maintenant, retirant ainsi une chance de survie à quelqu’un ? M’étais-je peut-être fait enregistrer inconsidérément ? Par ailleurs, si je ne m’étais pas fait enregistrer, qu’arriverait-il à ce malade ? Devrait-il se passer de transplantation ou se contenter du don d’un donneur de « second choix », d’où un risque accru de réaction de rejet ?

Ma conscience ne pouvait accepter de refus. J’ai donc réaffirmé mon consentement à un don possible. J’ai ensuite été soumis à des analyses approfondies de la compatibilité du groupe tissulaire qui ont confirmé que j’étais le donneur le plus approprié.

Juste quelques « courbatures »
En janvier, j’ai donc consenti audit « examen du cœur et des poumons » à l’Hôpital universitaire de Bâle. Je ne me rappelle plus dans combien de services j’ai été envoyé. Je n’étais sûr que d’une chose : je pouvais renoncer au prochain check-up chez mon médecin de famille.

Le prélèvement de moelle osseuse a finalement été fixé à la mi-mars 2012. Je n’avais plus qu’une idée en tête, ne pas tomber malade. Car les préparatifs de la transplantation avaient aussi commencé du côté du receveur. Les choses se sont déroulées à merveille. Fort heureusement, je suis resté en bonne santé.


Le lundi après-midi, je me suis rendu à l’Hôpital universitaire et le mardi matin a eu lieu le prélèvement de près d’un litre de moelle osseuse. Comme je l’ai appris par la suite, mon don a été cherché par hélicoptère peu après midi et transporté chez le receveur.

Je me suis réveillé de l’anesthésie, me suis rendormi et, après un repas de midi tardif, j’avais retrouvé mes esprits. J’ai alors pris conscience de mes douleurs aux points de ponction. Cela ressemblait à des courbatures dans le bas du dos, comme lorsque l’on porte trop de cartons lors d’un déménagement. Comme j’ai déjà participé à un certain nombre de déménagements dans ma vie– et donc souffert de courbatures –, j’étais habitué à ce genre de douleurs, qui ont pu être soulagées avec des analgésiques.

Le mercredi, lendemain du prélèvement, j’ai pu rentrer à la maison. J’y tenais absolument car le jeudi je voulais fêter mon anniversaire. Ce fut un jour spécial car mes pensées tournaient autour de l’inconnu qui avait reçu ma moelle. J’espérais du fond du cœur qu’un second anniversaire se fêtait quelque part sur terre…

Titus Sprenger

www.sqs.ch www.zewo.ch wmda
 
ENSEMBLE CONTRE LA LEUCÉMIE